17/05/2008
J.o. de Pékin, boycottage
L'article suivant a été publé dans le supplément Le Monde2 du Monde daté du 17 mai 2008. Voir aussi mon site: www. robertredeker.fr
Robert Redeker, philosophe, est membre du comité de rédaction de la revue Les TempsModernes. Il est l’auteur de Le Sport est-il inhumain ? chez Panama, à paraître le 22 mai. Propos recueillis par Pierre Jullien.
Q. Est-ce le sport qui se sert de la politique, ou l’inverse ?
R.R. Il faut renverser le cliché selon lequel le sport serait au service de la politique. De nos jours – comme on l’a montré le psychodrame autour de la flamme olympique – c’est la politique qui est au service du sport. Aucun homme politique ne peut se permettre de critiquer le sport. Il doit apparaître dans les tribunes, donner son point de vue style café des sports.
Le sport est métapolitique, ce qui le rend compatible avec tous les régimes politiques, même les pires. Méta veut dire au-delà et au-dessus. Il force la politique à le servir. Il la vassalise. Pour l’obtention des J .O., les diplomaties se soumettent au CIO. Méta veut dire aussi modèle. Le sport veut être le modèle des valeurs et des relations entre les peuples et Etats. Mais cette modélisation est à double fond parce que derrière la rhétorique creuse de la fraternité, de la jeunesse et des jeux, se tapit celle de l’exaltation de la victoire, de la lutte, de la concurrence, de l’élimination des faibles. Le sport n’est pas au service de l’ordre établi. Il est cet ordre.
Q. Le CIO est-il un clone de l’ONU ?
R.R. Il en est une parodie. Pourtant, le CIO est plus respecté que l’ONU. Les Etats peuvent aller jusqu’à s’humilier devant lui pour ne pas lui déplaire. On peut déplaire à l’ONU, pas au CIO ! On se plie à ses désirs pour obtenir l’organisation des JO. C’est la Chine qui est redevable au CIO et non l’inverse. C’est elle qui politiquement a besoin des jeux, donc du CIO. Elle en a besoin pour des raisons de politique intérieure autant que pour s’affirmer comme une grande puissance planétaire. Ce qui confirme mon idée du sport comme d’une instance métapolitique.
Q. La menace de boycottage actuelle présente-t-elle des spécificités ?
R.R. Le boycottage des Jeux Olympiques de Moscou fut celui d’une puissance déclinante. La Chine est une puissance montante, ce qui la rend beaucoup plus difficile à boycotter. On doit inverser la question du boycottage. Au lieu de demander, sceptique, « pourquoi boycotter ? » demandons « pourquoi ne pas boycotter ? ». On se rende compte alors que le non-boycottage – que ce soit à Berlin, à la Coupe du Monde en Argentine – n’a jamais eu d’effets positifs sur les dictatures organisatrices. La tenue des jeux renforce leur pouvoir. Le régime chinois sortira plus fort que jamais des JO. Il ne sert à rien, du point de vue de la liberté, de ne pas boycotter.
Q. Est-ce que les jeux olympiques poussent à son paroxysme le concept selon lequel, d’après-vous, le sport est contre les peuples ?
R.R. Le sport est envahissant, il a une omniprésence semblable à celle des idéologies dans les Etats totalitaires. En ce sens il est contre les peuples, à leur insu. Les JO (comme tous les grands événements sportifs) existent pour favoriser de l’euphorie collective. Du coup, ils sont bien un opium des peuples. De quoi en effet sont-ils le culte ? Des marques, de la consommation, de la performance, de la personnalité (les idoles sportives). Autant d’éléments qui fabriquent de la dépendance individuelle et collective, obstacle à l’autonomie de jugement. Un coup d’œil sur le palmarès annuel de personnalités préférées des gens prouve à quel point le sport est décivilisateur: il n’y figure personne (savant, artiste, écrivain, politicien) qui comptera vraiment dans l’avenir.
14:17 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sport, redeker, jeux olympiques, boycottage



Commentaires
Merci pour cette information, j'ai été la recherche de son
Écrit par : Paper Services | 08/05/2011
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